Néo-artisanat à l’ère de l’homo-economicus

In: Economie|Innovation

25 Août 2011

Rapide tour d’horizon d’un phénomène de plus en plus concret « l’économie des néo-artisans ». L’article le plus complet à ce sujet est sûrement celui du site Owni dont la lecture est vivement recommandée. Il décrit surtout le phénomène des fablab ayant émergé de la culture du hack, du DIY et de l’intelligence collective. Il décrit aussi certaines avancées technologiques accompagnant cette tendance comme l’imprimante 3D entre autre.

Bien que je fasse moi même partie d’un fablab (Labx) et que l’envie d’écrire dessus soit grande,  je vais limiter l’éparpillement et garder ce sujet des Fablab, hacklab et hackerspaces pour un prochaine article.

Concentrons nous, donc, sur la production dite isolée (qui ne l’est pas tant que cela en fait) correspondant à des individus qui, grâce à Internet, aux sites dédiés (instructables.com par exemple) et évidement leurs talents, vont accéder aux connaissances, matières premières (ou fournitures) et ressources leur permettant de faire leurs propres réalisations mais aussi et surtout de gérer l’ensemble des processus (conception, modélisation, design, marketing, distribution, … ) avec une efficacité qui était, jusque là, réservée aux entreprises ayant atteint une certaine taille.

Les motivations sont de plusieurs ordres. Elles peuvent être purement idéologiques (voir Makers de Doctorow, le roman qui prône la révolution par le bricolage), correspondre à un  loisirs créatif (article de Hubert Guillaud  Comment bricolons-nous le numérique ? ) et/ou correspondre à une motivation financière/professionnelle. Souvent l’élément de base est la volonté de vivre de sa passion, de changer son mode de vie et de créer son propre emploi (parfois après un licenciement ou une usure professionnelle). Finalement la première des motivation est de s’épanouir dans ce que l’on aime,

Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour dans ta vie.  CONFUCIUS

La production: Pour l’instant, on observe souvent une production purement artisanale pouvant être des produits régionaux (paniers, chapeaux), des vêtements, des accessoires de modes, des bijoux ou encore de la nourriture. La démocratisation des imprimantes 3D et l’émergence de site d’impression 3D comme sculpteo par exemple  vont accélérer le phénomène et surtout agrandire le domaine d’action du néo-artisan (A quand les copie-fac en 3D prés de chez vous?). Vous trouverez des exemples ici, ici ou encore ici avec une impression 3D à partir d’un objet réalisé sous minecraft. La seule véritable limite reste la créativité.

Coté marketing/distribution: Il n’y a pas besoin de chercher longtemps pour trouver des plates-formes Internet dédiées à la vente. Que ce soit des sites généralistes comme ebay/leboncoin ou très spécialisés (Etsy pour l’artisanat par exemple). Ces sites proposent généralement un ensemble de services allant du marketing au service après-vente en passant par le système de paiement. Pour la gestion marketing/visibilité on ne parlera pas de Google, Twitter, Facebook et autre réseaux qui, encore une fois, facilitent grandement les choses (un lien scoop.it sur le s-commerce). Pour la distribution a proprement parlé entre UPS, la poste, DHL et bien d’autres, la livraison n’a jamais été aussi facile (bien qu’il reste encore beaucoup de chose à faire pour améliorer et réduire le coût de ce que l’on appelle le « dernier kilomètre »). Vous pouvez aussi lire cette article montrant à quel point cette vision se démocratise dans tout les secteurs ICI.

Enfin on peut parler brièvement du financement: Souvent ce genre d’activité ne demande qu’un faible investissement de départ. Ces activités peuvent croître petit à petit et donc s’autofinancer. De toute façon le recours aux banques classiques n’est pas toujours facile pour ce type de projet. Mais il y a d’autres alternatives avec par exemple le microcrédits et surtout le crowdsourcing, en plein dans l’esprit Internet.

Ce qui est particulièrement intéressant c’est que ce néo-artisan n’émerge pas par hasard, il se développe à la fois, on l’a vu, grâce à une démocratisation technologique mais aussi grâce à un terreau culturel favorable. Les esprits s’ouvrent petit à petit à l’idée que l’on puisse acheter des très bons produits artisanaux, par internet, de façon sécurisé et en ayant les même services qu’un produit issu d’une grande entreprise. Cela correspond, qui plus est, à une vraie demande des consommateurs, à savoir des produits uniques, personnalisés, identitaires et éthiques (comme dirait Jeff Jarvis: Un marchés de masse vers une masse de niches).

Si vous voulez approfondir le sujet, je vous conseil l’article « L’artisanat dans un monde hypermoderne » car, évidement, cette article est surtout une base de réflexion.

  • Quelle avenir pour le néo-artisan ?
  • Va t-on vers une généralisation ?
  • L’émergence de nouvelles formes de production et de coordination/partenariats entre des grands groupes internationaux et des entreprises d’une personne est- elle envisageable ?
  • Quelle place pour la propriété intellectuelle ?
  • Quel rôle pour l’open-source et la modularité ?

C’est surtout de beaux débats en perspective sur le capitalisme et la libre entreprise, qui (paradoxalement ?) semblent être le meilleurs terreau pour ce nouveau genre de travailleurs.

Enfin, je suis bien obligé d’admettre une certaine forme de frustration car hormis Makers de Doctorow (uniquement en anglais pour l’instant) je n’est encore rien lu que ce soit de la SF ou de l’anticipation qui parle de ce phénomène. Donc si vous avez des ouvrages en tête, n’hésitez pas à me le faire savoir.

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